Quand « Milord l’Arsouille » fondait le temple du pur-sang à Chantilly

Lord Henry Seymour
(par Olivier THIBAUD)
Dans le Paris élégant et fantasque de la monarchie de Juillet, un nom faisait trembler les salons de la chaussée d’Antin tout autant qu’il électrisait les gazons du Val-d’Oise.
Figure mythique du dandy romantique, célèbre pour ses excentricités nocturnes qui lui valurent le surnom pittoresque de « Milord l’Arsouille », Lord Henry Seymour (1805-1859) fut bien plus qu’un noctambule fortuné.
Cet aristocrate britannique, né à Paris et n’ayant jamais véritablement quitté la France, demeure le véritable père fondateur du hippisme moderne dans notre pays.

Le château de Chantilly
C’est sous son impulsion directe, secondée par la haute aristocratie de l’époque, que la majestueuse pelouse de Chantilly est devenue, en quelques années à peine, la capitale incontestée du pur-sang français.
La naissance du Jockey-Club et le sacre du gazon cantilien
En 1833, mû par la volonté d'égaler l'excellence britannique, Seymour s’associe aux figures les plus en vue du Royaume :
le jeune duc d’Orléans — fils aîné du roi Louis-Philippe — et le baron James de Rothschild.
Ensemble, ils créent la Société d’encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France (aujourd’hui France Galop).
Très vite rebaptisée Jockey-Club, cette institution sélecte élit Lord Seymour comme tout premier président.
Pour offrir à la France un théâtre digne des mythiques hippodromes d’Epsom ou de Newmarket, le cercle jette son dévolu sur un cadre d’une noblesse incomparable :
la vaste pelouse qui s’étend au pied du château de Chantilly et des majestueuses Grandes Écuries.
Sous le patronage du jeune duc d’Aumale, héritier du domaine, les premières réunions officielles y sont organisées en mai 1834.
Le mythe de Chantilly était né !

Lord Henry Seymour
L’hégémonie de la casaque orange
Installé dans des structures de pointe à Sablonville puis au haras de Glatigny, Lord Seymour ne se contente pas d’organiser :
il règne en maître sur les pistes.
Sa casaque orange et sa toque noire écrasent la concurrence dès les premières saisons.
- Le triomphe fondateur de 1836
Lors de la création du Prix du Jockey Club — le « Derby français » —, Seymour inscrit le premier son nom au palmarès grâce à son poulain Franck, façonné par l’entraîneur britannique Thomas Carter.
- Un triplé historique
Insatiable, l’écurie Seymour conserve son titre les deux années suivantes sur l’hippodrome cantilien, s’imposant en 1837 avec Lydia, puis en 1838 avec Vendredi.
- Une empreinte génétique durable
Fin connaisseur, le lord importe d’Outre-Manche des étalons d'exception, à l’instar du célèbre Royal Oak, acheté en 1833, dont le sang irriguera durablement l’élevage national.

Chantilly, les Grandes Écuries
L'éclatant retrait d'un dandy ombrageux
Personnage aussi brillant qu'exigeant, doté d'un caractère parfois ombrageux, Lord Seymour supporte mal la contradiction.
À la suite de querelles d’arbitrage répétées et de contestations sur des résultats de courses, il se brouille avec plusieurs figures du Jockey-Club.
En 1841, dans un dernier éclat théâtral fidèle à sa légende, il vend la totalité de son effectif et se retire définitivement du monde hippique.
Il laissait toutefois derrière lui un héritage colossal.
Grâce à son intransigeance et à sa vision, le Prix du Jockey Club et le Prix de Diane allaient traverser les siècles, faisant de la pelouse de Chantilly le théâtre séculaire de l’élégance et du sport d'élite.

Aux courses ...



