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De la pelouse des princes au temple de l' Arc : la saga des courses hippiques en France

il y a 17 heures
5 min de lecture

Le connétable Anne de Montmorency

(par Olivier THIBAUD, texte et photos)


Nées d'un souffle d'anglophilie sous la monarchie de Juillet avant d'atteindre leur apogée sous le Second Empire, les grandes heures du galop français s'écrivent depuis près de deux siècles entre les frondaisons de Chantilly et les boucles de la Seine à Longchamp.



L'hippodrome de Chantilly


Chantilly : sur la pelouse des Princes


Pour comprendre la genèse du sport hippique hexagonal, il faut remonter le fil du temps jusqu'au domaine de Chantilly.

Dès le XVIᵉ siècle, sous le règne de la maison de Montmorency puis sous celui des princes de Condé, ces terres bordées de forêts majestueuses abritent les plus prestigieuses équipées de chasse à courre.

C'est là que Louis-Henri de Bourbon fait édifier, entre 1719 et 1735, les célébrissimes Grandes Écuries — chef-d'œuvre architectural et véritable palais équestre façonné pour héberger des centaines de montures.

Devant ce monument d'apparat s'étend une vaste pelouse au tapis végétal naturellement souple et dégagé.


Il ne manquait plus qu'une étincelle pour éveiller ce cadre princier à sa vocation moderne.

Elle survient à l'automne 1833.

Au retour d'une traque en forêt, une poignée de jeunes aristocrates férus de mode britannique — parmi lesquels le prince de la Moskowa et Anne-Édouard de Normandie — improvisent un galop sur la grande pelouse.

Éblouis par la qualité du sol et la majesté des lieux, les dandy-cavaliers prennent mesure de l'évidence :

la plaine de Chantilly surpasse sans peine les terrains parisiens du Champ-de-Mars ou du bois de Boulogne.



Chantilly : les Grandes Ecuries du prince de Condé


L'histoire s'accélère au printemps suivant.

La toute jeune Société d'encouragement pour l'amélioration des races de chevaux en France — ancêtre de l'actuel France Galop — s'associe au duc d'Orléans et au jeune duc d'Aumale, héritier du domaine.

Le 15 mai 1834, la première réunion officielle de courses est organisée.

Le Tout-Paris s'y presse, conquis par ce nouveau théâtre de l'élégance.

Les épreuves mythiques ne tardent pas à voir le jour :

le Prix du Jockey Club en 1836, rapidement suivi par le Prix de Diane en 1843.


Sous l'impulsion du duc d'Aumale, l'architecte Victor Grisart élève les premières tribunes en 1847 (lesquelles céderont la place en 1881 à l'ouvrage d'Honoré Daumet que l'on contemple encore aujourd'hui).

L'inauguration de la ligne de chemin de fer en 1859 achève d'inscrire le site dans le paysage mondain en y déversant par milliers les passionnés de la capitale.

Dans le même temps, jockeys et entraîneurs britanniques posent leurs valises autour des pistes, jetant les bases du plus vaste centre d'entraînement de pur-sang du pays.



Longchamp : le joyau du Second Empire


Si Chantilly incarna le berceau princier du galop, c'est au milieu du XIXᵉ siècle, sous l'égide du Second Empire, que Paris se dote de son propre sanctuaire.

La naissance de Longchamp s'inscrit au cœur du vaste projet de métamorphose du bois de Boulogne confié à la Ville de Paris en 1852 par Napoléon III.

Dès 1853, le duc de Morny, demi-frère de l'Empereur et éminent turfiste, imagine réserver une vaste plaine fluviale pour y fonder un hippodrome de classe internationale.


Le site retenu prend place dans la plaine de la Seine, au sud-ouest du bois, là où s'élevait jadis l'ancienne Abbaye royale de Longchamp, fondée au XIIIᵉ siècle par Isabelle de France puis démolie lors des tourmentes révolutionnaires.

De cet antique monastère ne subsistent alors que la tourelle de la ferme et le moulin.

La Société d'Encouragement scelle un bail avec la municipalité, et l'architecte Antoine-Nicolas Bailly conçoit les premières tribunes de bois.


Le dimanche 26 avril 1857, l'inauguration prend des airs de fête nationale.

Le couple impérial gagne le site à bord du bateau Le Lutin avant de rejoindre la tribune d'honneur sous les acclamations.

L'élite et la foule parisienne convergent en masse à pied, en fiacre ou en canot depuis Boulogne et Saint-Cloud.

Sur la piste, le poulain Ethelbert inscrit son nom au premier rang du palmarès, décrochant un prix de 15 000 francs.


La machine est lancée :

dès 1863, le Grand Prix de Paris est fondé.

Fort d'une dotation fabuleuse de 100 000 francs, l'événement attire la crème de l'élevage européen et consacre Longchamp comme la capitale incontestée du plat.



Le Prix de l'Arc de Triomphe : le sommet de la gloire mondiale


Au lendemain de la Grande Guerre, en 1920, la France choisit de fonder une épreuve reine pour célébrer la victoire de la Nation et promouvoir l'excellence de son élevage :

le Prix de l'Arc de Triomphe.

Disputé le premier dimanche d'octobre sur les 2 400 mètres de la grande piste de ParisLongchamp, l'événement rassemble chaque année les plus grands pur-sang de la planète.


Dès sa première édition, remportée par le poulain Comrade, la légende s'écrit.

En 1921 et 1922, le champion Ksar signe le tout premier double sacre de l'histoire.

L'épreuve surmonte les soubresauts du siècle :

délocalisée sur l'hippodrome du Tremblay pendant la Seconde Guerre mondiale (après deux annulations en 1939 et 1940), elle retrouve Longchamp pour offrir, en 1965, la démonstration mémorable du phénoménal Sea Bird.

Plus récemment, en 2016 et 2017, la compétition s'est même offert un retour passager à ses origines chantilloises le temps des travaux de modernisation du nouvel hippodrome de Paris Longchamp, avant de fêter son centenaire à huis clos en 2020 avec la victoire de Sottsass.



Un livre d'or inégalé


Sur ce parcours exigeant, les records sculptent la légende du turf.


Le roi des jockeys

Frankie Dettori détient le record absolu avec 6 triomphes (Lammtarra en 1995, Sakhee en 2001, Marienbard en 2002, Golden Horn en 2015, Enable en 2017 et 2018).


Le maître entraîneur

André Fabre domine le palmarès des entraîneurs avec 8 victoires, de Trempolino (1987) à Waldgeist (2019).


Le record du chrono

Établi en 2 min 24 s 49 par la pouliche allemande Danedream lors de son sacre en 2011.


Le club des doubles vainqueurs

Seuls 8 chevaux d'exception ont réussi à doubler la mise (Ksar, Motrico, Corrida, Tantième, Ribot, Alleged, Trêve et Enable).


À ce jour, aucun pur-sang n'a encore réussi l'exploit inédit d'un triplé, laissant la porte ouverte aux futures légendes du turf français.



Quatar Arc de Triomphe : rendez-vous les 3 et 4 octobre 2026



Les 3 et 4 octobre 2026, Paris Longchamp devient la capitale mondiale du galop.

Les meilleurs chevaux et les plus grands jockeys internationaux s’y affrontent lors d’un week-end où chaque course rapproche un peu plus de l’apothéose :

le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.

Cette année, le Festival des Nations place les supporters au cœur de l’événement.

Choisissez vos couleurs, explorez les cultures qui font vibrer le galop mondial et faites entendre votre voix jusqu’au poteau d’arrivée.

Un seul objectif :

vivre ensemble le moment où les champions entrent dans l’histoire.



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