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Alexandre Yersin : un génie scientifique et humaniste en Indochine

il y a 2 heures
5 min de lecture

(par Olivier THIBAUD)


Sous l’égide de l’Association Franco Vietnamienne de Pneumologie (AFVP) que préside le docteur Francis Martin s’est tenue le 22 septembre 2026 à la mairie de Paris XIII une soirée en l’honneur de la mémoire du Docteur Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste et citoyen d'honneur du Vietnam.

Elle s’est déroulée en présence de S. E. M. Trịnh Đức Hải, ambassadeur de la République Socialiste du Vietnam, S. E. Mme Tania Cavassini, ambassadrice de Suisse, de Daniel Tran, conseiller de Paris et représentant Jérome Coumet Maire de Paris XIII, Nicolas Leymonerie, directeur et fondateur du Centre francophone de Da Lat et citoyen d'honneur du Vietnam, de nombreux représentants institutionnels et associatifs..



Scientifique polyvalent et visionnaire, Alexandre Yersin (1863-1943) incarne une aventure humaine et scientifique hors du commun.

Quittant le confort des laboratoires parisiens d'Émile Roux après ses débuts à l'Institut Pasteur, il s'installe à Nha Trang en 1891 comme médecin de bord.

Séduit par la région, il y monte un laboratoire de fortune sur la plage et pose les jalons d'une œuvre monumentale qui façonnera le Vietnam moderne.


L'exploit médical et la fondation de l'Institut Pasteur


En 1894, dépêché à Hong Kong pour lutter contre une épidémie meurtrière, Yersin réussit à isoler le bacille de la peste bubonique (« Yersinia pestis »).

De retour en France, il met au point le premier sérum antipesteux.

Afin d'en assurer la production à grande échelle, le gouverneur général de l'Indochine lui accorde un terrain à Nha Trang en 1895.

Le site devient officiellement l'Institut Pasteur de Nha Trang en 1905, s'imposant comme le centre névralgique de la recherche biomédicale et vétérinaire en Asie du Sud-Est contre le choléra, le paludisme et les épizooties.

Humaniste engagé, Yersin cofonde également l'École de médecine de Hanoï en 1902.


La concession de Suối Dầu : modèle d'autonomie financière


Refusant de faire payer ses consultations médicales, Yersin crée en 1896 une concession de 500 hectares à Suối Dầu (à 20 km de Nha Trang) pour autofinancer l'institut.


La ferme pastorienne :

Un élevage moderne de chevaux, buffles et bovins est aménagé pour fournir le sérum nécessaire aux traitements.


Le berceau du caoutchouc :

En 1899, Yersin y introduit l'hévéa (*Hevea brasiliensis*). Sa première récolte vendue à Michelin en 1904 lance définitivement l'industrie hévéicole indochinoise.


L'acclimatation du quinquina :

Sur les hauteurs du mont Hòn Bà, il réussit la culture de l'arbre à quinine, indispensable à la lutte contre le paludisme.


Diversification agricole :

Suối Dầu sert de laboratoire végétal pour développer le caféier, le théier, le manioc et divers arbres fruitiers au bénéfice de l'économie locale.


Un pionnier des technologies et des explorations


L'esprit curieux de Yersin s'étend à de multiples disciplines.


Innovations scientifiques :

Dès 1895, peu après les travaux de Röntgen, il importe à Nha Trang le tout premier appareil à rayons X de la région.


Télécommunications et météo :

Passionné d'ondes radio, il installe une antenne de TSF pour échanger avec les navires et capter l'heure exacte.

Il crée aussi une station météorologique maritime pour alerter les pêcheurs face aux typhons.


Explorations :

Ses cartographies des Hauts Plateaux débouchent sur la découverte du site de Da Lat.


Surnommé affectueusement « Ông Tư » (« le Quatrième Docteur ») par les populations locales qu'il a soignées et défendues toute sa vie, Yersin s'éteint en 1943.

Selon ses dernières volontés, sa tombe sobre repose à Suối Dầu, où il demeure vénéré comme une figure protectrice et inspirante.


« Ce n’est pas une vie due de ne pas bouger »

Alexandre Yersin écrivant à sa mère Fanny, un alexandrin au parfum rimbaldien …


Automobile à vapeur 5 CV Serpollet


Yersin pionnier de l'automobile en Indochine


Célèbre pour avoir découvert le bacille de la peste, le savant Alexandre Yersin fut aussi un pionnier de l'automobile en Indochine.


Lors de l'Exposition universelle de Paris en 1900, ce passionné de nouvelles technologies commande une voiture à vapeur de 5 CV à l'industriel français Léon Serpollet.

Une fois expédiée, cette Gardner-Serpollet devient la toute première automobile à circuler dans les rues de Hanoï.

Yersin s'y fait remarquer à son volant dès 1902, année où il prend la direction de la nouvelle École de médecine de la ville.


Le choix de cette mécanique repose sur un pragmatisme scientifique.

Sa chaudière à vaporisation instantanée est conçue pour être « inexplosible » :

elle génère la vapeur à la demande dans un serpentin très fin, sans stocker de grande réserve d'eau sous pression.

Ce système évite ainsi les risques d'explosion redoutés sur les moteurs à vapeur classiques de l'époque.



À lire :


« Peste et Choléra »

de Patrick Deville

prix Femina 2012


Un roman brillant, à la fois biographie scientifique, récit de voyage et fresque historique.


La vie d'un génie oublié


Le livre retrace le parcours exceptionnel d'Alexandre Yersin (1863-1943), médecin d'origine suisse naturalisé français.

Élève de Louis Pasteur et compagnon de route d'Émile Roux, il est le découvreur du bacille de la peste (baptisé en son honneur « Yersinia pestis ») à Hong Kong en 1894.


Mais Yersin n'est pas un chercheur enfermé dans son laboratoire.

C'est un esprit insaisissable, un aventurier « chercheur d'absolu » qui refuse la routine, part comme médecin de bord, explore les terres inconnues d'Indochine, fonde la ville de Da Lat, devient botaniste, acclimate l'hévéa pour le caoutchouc et le quinquina pour la quinine, et se passionne pour la mécanique et la photographie.


Les forces du livre


Une écriture et une structure vives :

Deville adopte un style court, percutant, teinté d'ironie et de tendresse.

La narration refuse la chronologie linéaire classique ; l'auteur se positionne en « fantôme du futur » observant Yersin traverser les soubresauts du XIXᵉ et du XXᵉ siècle.


L'esprit de « la bande à Pasteur » :

Le livre dépeint la formidable épopée scientifique de la fin du XIXᵉ siècle, où une poignée de jeunes chercheurs idéalistes révolutionne la médecine mondiale et traque les microbes.


Le portrait d'un homme libre :

Ce qui touche dans le livre, c'est le refus constant de Yersin face aux honneurs, au pouvoir et à la bureaucratie.

Il incarne une figure de la liberté intellectuelle et géographique.


Il redonne sa juste place à un héros discret de la médecine moderne tout en offrant une belle réflexion sur la curiosité humaine.



S. E. M. Trịnh Đức Hải, ambassadeur de la République Socialiste du Vietnam



S. E. Mme Tania Cavassini, ambassadrice de Suisse



Docteur Francis Martin, président del’Association Franco Vietnamienne de Pneumologie (AFVP)



Daniel Tran, conseiller de Paris et représentant Jérome Coumet Maire de Paris XIII



Nicolas Leymonerie, directeur et fondateur du Centre francophone de Da Lat et citoyen d'honneur du Vietnam



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