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Alexandre Yersin, pionnier de l'automobile en Indochine

il y a 15 heures
4 min de lecture

(par Olivier THIBAUD)


Alexandre Yersin est connu pour avoir importé la toute première voiture à circuler au Vietnam.

Il en a principalement possédé deux.



Automobile Gardner-Serpollet


Une Gardner-Serpollet (5 CV à vapeur)


A l’occasion de l'Exposition universelle de 1900 (1), Alexandre Yersin commande auprès du constructeur Léon Serpollet, cette automobile à vapeur qui est livrée et débarquée à Nha Trang au début de l'année 1901.

Elle est dotée d’une chaudière à vaporisation instantanée (le "Flash Boiler") :

c'est le cœur de l'innovation de la marque !

Contrairement aux machines à vapeur traditionnelles (comme les locomotives) qui maintiennent une grande quantité d'eau sous pression, le générateur Serpollet utilise des tubes d'acier extrêmement fins et aplatis, chauffés à blanc.

Une pompe doseuse injecte de minuscules gouttes d'eau à chaque coup de piston.

L'eau se transforme instantanément en vapeur surchauffée (entre 250°C et 300°C).

Avantages :

le risque d'explosion – fréquent sur les autres automobiles à vapeur - est quasiment nul et le temps de démarrage est réduit à quelques minutes (contre près d'une heure sur les anciens systèmes) …

C'est la toute première voiture automobile introduite en Indochine.

Il s'en sert régulièrement pour parcourir la région et se rendre sur le plateau du Hon Ba.



Le Zèbtr, une vitesse impressionnante de 105 km/h


Une Le Zèbre


Achetée en 1925 pour remplacer la Serpollet devenant vétuste, cette petite voiture française à moteur à explosion atteignait les 105 km/h.



En 1930, après un traumatisme causé par un accident évité de justesse où il faillit renverser un enfant, Alexandre Yersin vend la Zèbre et renonce définitivement à conduire une automobile.

Il effectue ensuite l'intégralité de ses déplacements du quotidien à bicyclette (Peugeot !).


Il aurait également possédé un véhicule chenillé originaire de la Grande Guerre …



(1)

L'Exposition universelle de 1900 s'est tenue à Paris du 14 avril au 12 novembre 1900 et a accueilli plus de 50 millions de visiteurs.

Durée : 212 jours d'ouverture

Superficie : 120 hectares répartis dans Paris et au bois de Vincennes

Exposants : plus de 83 000 participants.


Innovations et curiosités



- Le trottoir roulant, surnommé la « Rue de l'Avenir », il permettait de parcourir 3,5 kilomètres à travers le site.


- Le métropolitain, la toute première ligne de métro parisien (Porte Maillot - Porte de Vincennes) est inaugurée pendant l'événement.


- L'électricité et le cinéma

L'exposition met à l'honneur les progrès techniques, l'éclairage électrique et les débuts du septième art.



Léon Serpollet


(2)

Léon Serpollet, né le 4 octobre 1858 à Culoz (Ain) et mort le 11 février 1907 dans le 16e arrondissement de Paris, est un industriel français, pionnier de l'automobile, constructeur de la première automobile industrielle à vapeur et fondateur des industries « Serpollet frères et Cie » et Gardner-Serpollet.


(3)

Le Zèbre est un constructeur automobile français de 1909 à 1931 installé à Suresnes, puis à Puteaux.

La société est fondée par Jules Salomon avec Georges Richard grâce à un financement provenant de Jacques Bizet, le fils du compositeur Georges Bizet.


Différents membres de cette société seront à l'origine de la société Amilcar.

Mais la société Le Zèbre est surtout à l'origine, ou plus exactement aux prémices, de l'automobile populaire.


Alexandre Yersin et l’avion


Alexandre Yersin a effectué ses derniers grands voyages entre la France et l'Indochine en empruntant la ligne commerciale d'Air France à bord du Dewoitine D.338.



Le Dewoitine D.338 était un trimoteur commercial développé par le constructeur Émile Dewoitine.

C'était l'appareil phare d'Air France sur les longues liaisons intercontinentales de la fin des années 1930.


La liaison Marseille – Saigon avait été inaugurée pour le transport de passagers à partir de 1938, cette ligne reliait la France à l'Indochine en environ 5 à 6 jours (comportant de nombreuses escales), contre environ trois semaines en paquebot auparavant.


Passionné par le progrès technique, la radio, la photographie et la mécanique, Yersin préférait le gain de temps offert par l'aviation à la fin de sa vie pour effectuer ses liaisons entre Paris/Marseille et Nha Trang.

Il a emprunté cette ligne régulière à bord du D.338 pour ses ultimes séjours en France avant le début de la Seconde Guerre mondiale.



Alexandre Yersin a effectué son dernier voyage entre la France et l'Indochine en juin 1940 à bord d'un Lioré et Olivier LeO H-242 (un hydravion à coque quadrimoteur à fuselage en duralumin), exploité par Air France.


Ce vol historique est resté célèbre car il s'agissait du dernier vol Air France à quitter la métropole juste avant l'arrivée des troupes allemandes à Paris et l'invasion de la zone.


Âgé de 76 ans, Yersin effectue ainsi son ultime traversée pour regagner définitivement Nha Trang (Vietnam), où il s'éteindra en 1943.


Dans les décennies précédentes, l'essentiel de ses déplacements entre Marseille et Saïgon s'effectuait principalement par voie maritime (à bord des paquebots des Messageries Maritimes).



(1)

Le Dewoitine D.338 était un avion de ligne français des années 30, basé sur le Dewoitine D.332.

Au total, 31 appareils sont sortis d'usine, aux couleurs d'Air France, pour relier Paris à Cannes, Damas, Hanoï, Dakar, Hong Kong et Nice.



(2)

Le Lioré et Olivier H-242 est un hydravion à coque commercial réalisé en France durant l'Entre-deux-guerres par le constructeur aéronautique Lioré et Olivier.

Le Léo 242 (dans sa version tête de série, à hublots ronds) figure P61 et 62 dans l'album Le sceptre d'Ottokar des Aventures de Tintin , dessiné par Hergé.

Il porte une immatriculation (fictive) SY-AMO indiquant son appartenance à la flotte aérienne de la Syldavie (tout aussi fictive).

Les quatre moteurs montés en push-pull sur les ailes et la position haute du stabilo (plan horizontal de la queue) sont caractéristiques, ainsi que son antenne de radiogonio installée sur le toit du poste de pilotage.


Note : Yersin a parfois envisagé d'acquérir son propre appareil pour ses déplacements en Indochine, mais il a finalement privilégié l'utilisation des lignes régulières de la navigation aérienne.



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