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Lire : Rebecca Ayoko, l’étoile noire de la Haute Couture, de l’enfer des rues au sommet des podiums


(par Olivier THIBAUD)


Dans les méandres de l’histoire de la mode, certaines trajectoires brisent les codes, renversent les préjugés et redéfinissent les critères de la beauté internationale.

C’est précisément le destin hors du commun de Rebecca Ayoko.

Figure majeure et incontournable des années 1980 et 1990, décennies qui ont incarné l’apogée de la Haute Couture, elle est entrée à jamais dans la légende des défilés parisiens.


En devenant l'une des premières reines noires des podiums et surtout la muse absolue du célébrissime couturier Yves Saint Laurent, Rebecca Ayoko a ouvert la voie à toute une génération de mannequins africains.

À l’occasion du Salon du Livre Africain de Paris, elle est venue présenter son autobiographie poignante, intitulée « Quand les étoiles deviennent noires : des rues d'Abidjan aux podiums d’Yves Saint-Laurent », parue aux Éditions Première Partie.

Ce témoignage, d'une puissance émotionnelle rare, lève le voile sur l'envers du décor d’un monde aussi magique que cruel, tout en retraçant un parcours de résilience absolument hors-norme.


Une enfance volée : le traumatisme et la survivance en Afrique


Rien ne prédestinait cette icône mondiale aux projecteurs de la jet-set et à l’admiration des plus grands créateurs.

Née en 1960 dans un village du Ghana, de nationalité togolaise, Rebecca grandit dans des conditions de dénuement et de pauvreté extrêmes en Afrique de l'Ouest.

Ses jeunes années se résument à un calvaire quotidien, une enfance particulièrement douloureuse sous le signe de la maltraitance, de la violence et de l'exploitation.

Enfant-esclave, battue et rejetée, elle subit l'innommable et se retrouve à la rue.

Victime de viol, sa trajectoire bascule à nouveau de façon dramatique lorsqu'elle devient mère à l’âge précoce de 13 ans.


Ballotée par la vie, celle qui aurait pu, selon ses propres mots, finir prêtresse vaudou ou bonne sœur, refuse de se laisser broyer.

Dotée d’une incroyable force vitale et d’une volonté farouche de décider elle-même de son destin, elle se bat pour survivre.

Elle enchaîne les petits boulots, devient serveuse, et commence à utiliser ses atouts physiques pour s’en sortir.

Sa beauté renversante et sa silhouette longiligne ne passent pas inaperçues :

elle commence à poser pour des publicités locales, notamment pour la marque Kodak.

Bientôt sacrée Miss Côte d’Ivoire, sa réputation traverse les frontières.

C’est le point de départ d’une ascension météorique.

En 1980, habitée par le courage des survivants, elle choisit de s'envoler pour Paris, déterminée à conquérir un monde qui ignorait encore presque tout des beautés du continent africain.

 Rebecca Ayoko au Salon du Livre Africain de Paris (photo O. THIBAUD)


L'épopée parisienne et le coup de foudre artistique avec Yves Saint Laurent


Dès son arrivée dans la capitale française, le magnétisme de Rebecca opère.

Elle est rapidement repérée par les équipes influentes du groupe Hachette Filipacchi et par Régis Pagniez, alors directeur du célèbre magazine « Lui ».

Rapidement intégrée au sein de l’agence Glamour, elle gravit les échelons du mannequinat à une vitesse vertigineuse.

Mais c'est sa rencontre avec Yves Saint Laurent qui va sceller son destin et bouleverser à jamais l'histoire de la mode contemporaine.


Entre le grand couturier français et la jeune femme, le coup de foudre artistique est immédiat et mutuel.

Rebecca Ayoko devient la véritable « reine du studio » de la maison de couture de l'avenue Marceau.

Durant près d'une décennie, elle occupe le rôle crucial de mannequin cabine et de star incontestée des défilés.

Saint Laurent, fasciné par sa prestance, sa démarche impériale et la couleur profonde de sa peau, l’adore.

Il passe des heures à draper ses créations de Haute Couture directement sur son corps, l’utilisant comme une toile vivante.

Cette complicité unique et cette admiration réciproque inspirent profondément le créateur.

Pour lui rendre hommage, il crée une pièce magistrale de velours et de soie noire ultra-lumineuse, qu'il baptise précisément « Quand les étoiles deviennent noires », un nom hautement symbolique qui donnera son titre aux mémoires du mannequin.


Propulsée sur la scène internationale, elle collabore avec les plus grands noms de l’époque, pose sous l’objectif mythique de Helmut Newton pour le magazine « Vogue » et défile à New York pour des créateurs américains de renom tels que Geoffrey Beene et Oscar de la Renta.

Plus tard, elle sera remplacée dans le cœur du couturier par une autre icône africaine, Katoucha Niane, mais l’empreinte de Rebecca reste indélébile.


L'envers du décor : les blessures de la gloire et la solitude


Pourtant, cette vie de paillettes, de jet-set et de défilés somptueux cache une réalité beaucoup plus sombre.

Le succès foudroyant a un prix, et l'ambivalence du monde de la mode se révèle dans toute sa cruauté.

Derrière le faste apparent et l'effervescence de l’époque se cache une immense solitude.

Pour Rebecca, la fracture est immense entre les traumatismes de son enfance qui continuent de la hanter, les splendeurs éphémères des podiums, et le vide vertigineux qui succède inévitablement à la fin d'une carrière de top-modèle.

Dans son livre, elle raconte avec une honnêteté désarmante cette chute douloureuse, le déclin des projecteurs et le combat pour ne pas perdre son identité lorsque le monde de la mode passe à d’autres muses.

Ce texte, qu'elle a porté en elle pendant des années avant de pouvoir le coucher sur le papier, est un cri du cœur, un témoignage personnel et d’une dignité bouleversante sur la fragilité des étoiles de la Haute Couture.


Une parution audacieuse chez un éditeur atypique


Pour publier ce récit de vie aussi singulier, il fallait un écrin tout aussi particulier.

C'est auprès des Éditions Première Partie que Rebecca Ayoko a trouvé sa voix.

Véritable « ovni » du paysage éditorial français, cette maison d'édition et de production musicale se distingue par son éclectisme et ses racines d'inspiration chrétienne, tout en cultivant des collaborations totalement inattendues.

Première Partie gère ainsi bien les tournées de la chanteuse Natasha St-Pier que les livres du photographe Yann Arthus-Bertrand (notamment l'illustration « Vue du Ciel »), ou encore les ouvrages de prédication du pasteur évangélique Carlos Payan.

C’est également cette maison qui a publié le magazine « Jésus », avec des rédacteurs en chef aussi improbables que Pascal Obispo ou Arielle Dombasle.

En éditant l'autobiographie de Rebecca Ayoko le 16 janvier 2025 (244 pages), la maison d'édition prouve une nouvelle fois sa capacité à porter des récits de résilience spirituelle et humaine profonds.


Aujourd'hui, Rebecca Ayoko a définitivement dépassé le simple statut de mannequin vedette des années 80.

Elle est pleinement reconnue comme une pionnière culturelle, une femme courageuse qui a brisé les plafonds de verre de l'esthétique européenne pour imposer la diversité africaine au sommet de l'élégance mondiale.

Son livre est le miroir d'une vie entière passée à transformer l'ombre en lumière.


"Quand les étoiles deviennent noires

Des rues d'Abidjan aux podiums d'Yves Saint Laurent"

par Rebecca Ayoko

Éditions Première Partie

Nombre de pages : 244


Sur un volcan à Abidjan


En Côte-d'Ivoire, ce ne sont pas les belles filles qui manquent, presque trop belles pour être honnêtes...

C'est ce qu'Hubert Bonisseur de la Bath, envoyé d'urgence à Abidjan pour éviter une guerre ouverte entre la C.I.A. et les services secrets français, constate dès le départ.

Le tout se joue sur fond de palmiers et de gratte-ciel ultra-modernes, et c'est le début du grand nettoyage...


L'action se déroule dans l'Abidjan des années 70-80 :

tout est criant de vérité !

Le quartier chaud de Treichville - la célèbtre "rue 6 barrée" - comme si vous y étiez avec le célèbre restaurant "Le Moulin Rouge" tenu par Paul son cocasse patron polonais et son contigu fameux night-club... où précisément Rebecca Ayoko a travaillé .

Un modèle de bon roman d'espionnage de la fameuse série OSS 117 (plus de 60 millions d'exemplaires vendus) planté dans un Abidjan de la grande époque...


Sur un volcan à Abidjan

par Josette Bruce

Presses de la Cité

188 pages

Parution 05/01/1976


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