Sommet Africa Forward : l'Afrique de 2026 ne demande plus une place à la table ; elle construit sa propre table !
- Olivier THIBAUD

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(par Olivier THIBAUD)
Le Sommet Africa Forward, qui s’est tenu à Nairobi les 11 et 12 mai 2026, s'est imposé comme un tournant stratégique pour le continent.
Loin des sommets de "donateurs" traditionnels, cet événement a marqué une transition vers un narratif d’autonomie, de souveraineté technologique et d’intégration économique accélérée.

Les présidents Emmanuel Macron (g.) et William Ruto (d.)
Le Sommet a réuni 7 000 participants, il était co-présidé par les deux initiateurs de l'événement :
- William Ruto, Président de la République du Kenya (l'hôte).
- Emmanuel Macron, Président de la République française.
Une trentaine de chefs d'État et de gouvernement étaient présents, témoignant d'une volonté de dialogue renouvelé entre la France et le continent africain, notamment avec les pays anglophones.
En outre, le Sommet a annoncé 23 milliards d’euros d’investissements prévus dans différents secteurs.

Ambre DELCROIX, envoyée spéciale à Nairobi (photo D.R.)
Voici les enjeux, les débats et les résolutions qui ont façonné cette rencontre historique.
1. Le Changement de Paradigme : de l'Aide à l'Investissement
Le thème central du sommet a été la rupture avec le modèle de l'aide publique au développement.
Les dirigeants africains et les chefs d'entreprise présents ont martelé un message clair : l'Afrique n'est pas un problème à résoudre, mais une opportunité mondiale à saisir.
Souveraineté financière : les discussions ont porté sur la réforme de l'architecture financière mondiale.
L'objectif est de réduire le coût du capital pour les pays africains, souvent pénalisés par une perception du risque disproportionnée.
Partenariats Public-Privé (PPP) : Nairobi a vu la signature de protocoles d'accord records, visant à transformer les infrastructures de base (énergie, transport) en actifs rentables pour les investisseurs locaux et internationaux.

2. La Révolution Numérique et l'IA
Située au cœur de la "Silicon Savannah", Nairobi était le lieu idéal pour discuter de l'avenir technologique.
Le sommet a mis l'accent sur le fait que l'Afrique peut "sauter" (leapfrog) les étapes de développement industriel classiques grâce au numérique.
Infrastructures Data : un accord majeur a été conclu pour la création de centres de données régionaux afin que les données africaines soient stockées et traitées sur le continent.
Intelligence Artificielle : le lancement de l'initiative "AI for Africa" vise à former un million de jeunes aux métiers de la donnée d'ici trois ans.
L'idée est d'adapter l'IA aux langues locales et aux contextes agricoles et sanitaires spécifiques.

3. L'Urgence Climatique : le "Pouvoir Vert"
Le sommet a réaffirmé que l'Afrique possède les solutions à la crise climatique mondiale, notamment grâce à ses ressources en métaux critiques (cobalt, lithium) et son potentiel en énergies renouvelables.
Transformation Locale : une position commune a émergé .
Plus aucune exportation de minerais bruts sans une première étape de transformation sur le sol africain.
C'est la condition « sine qua non » pour créer des emplois qualifiés.
Marchés du Carbone : Nairobi a plaidé pour un prix du carbone plus juste, permettant aux pays du bassin du Congo et d'Afrique de l'Est de monétiser leurs puits de carbone de manière équitable.

4. Intégration Régionale et ZLECAF
La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF) a été le fil conducteur des échanges commerciaux.
Un leitmotiv du sommet :
« L'Afrique ne peut peser sur la scène mondiale que si elle commerce d'abord avec elle-même. »
Harmonisation des paiements : le déploiement du système de paiement et de règlement panafricain (PAPSS) a été accéléré pour permettre le commerce en monnaies locales, réduisant ainsi la dépendance au dollar pour les échanges intra-africains.
Libre circulation : plusieurs chefs d'État ont annoncé la suppression prochaine des visas pour les ressortissants africains afin de stimuler le tourisme d'affaires.

5. Défis et Obstacles à Surmonter
Malgré l'optimisme, le sommet n'a pas occulté les réalités complexes.
Plusieurs points de friction demeurent :
1. Instabilité politique : les crises sécuritaires dans le Sahel et les Grands Lacs freinent l'élan des investisseurs.
2. Dette souveraine : le poids du service de la dette limite la capacité d'investissement de nombreux États dans l'éducation et la santé.
3. Fuite des cerveaux : comment retenir les talents formés au numérique face à l'attractivité des marchés occidentaux ?

L'Engagement de Nairobi
Le Sommet Africa Forward s'est achevé sur la "Déclaration de Nairobi", un document stratégique qui fixe des objectifs chiffrés à l'horizon 2030.
Ce n'est plus une liste de souhaits, mais une feuille de route axée sur la croissance inclusive et la résilience.
L'Afrique de 2026 ne demande plus une place à la table ; elle construit sa propre table, forte d'une jeunesse connectée et d'une volonté politique de transformer son potentiel naturel en richesse tangible pour ses populations.
Chiffres à retenir
Le montant cumulé des investissements annoncés à l’occasion du Sommet Africa Forward s’élève à 23 milliards d’euros, correspondant à la création d'environ 250 000 emplois directs en France et sur le continent africain, et beaucoup plus d'emplois indirects.
Ce montant inclue les annonces d'investissements africains et français sur le continent africain.
Au sein des 23 milliards d’euros, le montant cumulé des investissements français en Afrique annoncés à l’occasion du Sommet Africa Forward s’élève à 14 milliards d’euros.











































