« Les Impatientes » : à la rencontre de Djaïli Amadou Amal

Updated: Mar 23

Après avoir décroché le Prix Goncourt des Lycéens pour son roman « Les Impatientes », Djaïli Amadou Amal s’exprime ainsi :

« Depuis ma présélection, le 15 septembre dernier (2020, ndlr), au prix Goncourt, le prix le plus prestigieux de la littérature française, j’ai vécu à ce jour des moments les plus haletants et des plus exceptionnels de ma vie littéraire...

Une campagne qui m’a portée, étape de sélection après étape, à l’ultime marche historique pour la littérature camerounaise et africaine…

Ensemble nous avons écrit une page historique de la littérature camerounaise et africaine, qui est surtout la reconnaissance du combat central de mes convictions littéraires dévolues à la femme, mère de l’humanité.

Ensemble nous avons porté l’espoir dans une nouvelle dimension, l’espoir d’un lendemain meilleur pour non seulement la femme, mais pour l’humanité entière.

La flamme que nous avons allumée ne s’éteindra pas ! »


Pour notre part, nous avons rencontré pour la première fois Djaïli Amadou Amal au Salon Livre Paris en mars 2017, trois années plus tôt.

Pratiquement inconnue de tous, elle était venue présenter son premier roman « Walaande, ou l’art de conserver son mari ».


Mais, deux romans après, la première grande consécration arrivait avec le Prix de la Presse Panafricaine décerné lors du Salon Livre Paris de février 2019 pour « Munyal, les larmes de la patience » édité au Cameroun par les éditions Proximité..


Ce livre, remarqué dès lors par l’écrivain Tahar Ben Jelloum, était proposé aux membres du jury du Prix Goncourt dans son édition française sous le titre « Les Impatientes ».

Il passait toutes les étapes du prestigieux concours pour arriver jusqu’en finale.

Mais la consécration est venue en définitive du Prix Goncourt des Lycéens, recueillant les suffrages de quelque 1 500 jeunes .

« Munyal defan hayre. »

La patience cuit la pierre.

Proverbe peul


Les Impatientes :

trois femmes, trois histoires, trois destins liés.


Ce roman polyphonique retrace le destin de la jeune Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l'époux de Safira, tandis que Hindou, sa sœur, est contrainte d'épouser son cousin.

Patience ! C'est le seul et unique conseil qui leur est donné par leur entourage, puisqu'il est impensable d'aller contre la volonté d'Allah. Comme le dit le proverbe peul : « Au bout de la patience, il y a le ciel. » Mais le ciel peut devenir un enfer. Comment ces trois femmes impatientes parviendront-elles à se libérer ?

Mariage forcé, viol conjugal, consensus et polygamie :

ce roman de Djaïli Amadou Amal brise les tabous en dénonçant la condition féminine au Sahel et nous livre un roman bouleversant sur la question universelle des violences faites aux femmes.

Hommage de la Nation à l'Ambassade du Cameroun à Paris


Extraits :


« C’est fini. L’appartement de mon époux ne m’est plus accessible. Je dois désormais attendre mon walaande avant d’y pénétrer, comme je dois aussi attendre mon tour pour le voir et pour discuter avec lui. J’ai le cœur serré. Je ne suis plus seule dans ma maison. Je ne suis plus une femme aimée. Je ne suis plus à présent qu’une épouse, qu’une femme de plus. Alhadji Issa, mon amour, n’est plus mon amant. Dès ce soir, il sera dans les bras d’une autre et, rien qu’à l’imaginer, je me sens défaillir. Quoi qu’il en dise, rien ne sera plus jamais comme avant. Le cœur d’un homme peut-il vraiment se partager entre deux femmes ?


… Je sais ce que signifie son indifférence à mon égard, son empressement au moindre coup de fil, sa méfiance en ma présence, ses mots de plus en plus blessants. Je remarque sa nouvelle vigueur, sa détermination. Alhadji est en train de se remarier et, comme la dernière fois, ce seront les rumeurs qui me mettront au courant. C’est par elles que je saurai la date du mariage, le nom de la promise, sa famille, son statut social. Mais, contrairement à la première fois, je garde mon calme. Oui, elle viendra mais combien de temps restera-t-elle ? Combien de temps tiendra-t-elle ?

… Les conseils d’usage, qu’un père donne à sa fille au moment du mariage et, par ricochet, à toutes les femmes présentes, on les connaissait déjà par cœur. Ils ne se résumaient qu’à une seule et unique recommandation : soyez soumises !


… Il est difficile, le chemin de vie des femmes, ma fille. Ils sont brefs, les moments d'insouciance. Nous n'avons pas de jeunesse. Nous ne connaissons que très peu de joies. Nous ne trouvons le bonheur que là où nous le cultivons. A toi de trouver une solution pour rendre ta vie supportable. Mieux encore, pour rendre ta vie acceptable. C'est ce que j'ai fait, moi, durant toutes ces années. J'ai piétiné mes rêves pour mieux embrasser mes devoirs… »

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