Vietnam : Agent Orange, pour que nul n’oublie !
- Olivier THIBAUD

- il y a 15 heures
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(par Olivier THIBAUD)
Une stèle commémorative dédiée aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange a été érigée au Parc de Choisy, Paris 13e, le samedi 25 avril 2026 à 11h .
A cette occasion de très nombreux Françaises et Français amis du Vietnam et d’origine vietnamienne y assistaient ainsi qu’une délégation officielle venue spécialement de Hanoï (Vietnam)

Accueil avec les percussions vietnamiennes

Une partie de l'assistance
L’« Agent Orange » est le surnom donné à l'un des herbicides arc-en-ciel, plus précisément un défoliant, le plus employé par l'armée des États-Unis lors de la guerre du Vietnam entre 1961 et octobre 1971.
Il tire son nom de la bande orange peinte sur les barils qui le contenaient.
Le produit était répandu principalement par avion au-dessus des forêts vietnamiennes ou sur des cultures vivrières, dans le cadre de l'opération Ranch Hand.
L'objectif était de détruire la jungle où se cachaient les combattants vietnamiens.
Au total, 80 millions de litres de produits chimiques ont été déversés par l'armée des États-Unis dont 61 % d'agent orange.
Cet épandage a touché 20 % des forêts du Sud Viêt Nam et empoisonné 400 000 hectares de terrain agricole.
Il a aussi été utilisé par les Américains au Laos et au Cambodge ou encore sur la zone démilitarisée séparant les deux Corée.

Selon le gouvernement vietnamien, quatre millions de personnes au Vietnam ont été exposées au défoliant, et jusqu'à trois millions de personnes ont été malades à cause de l'agent orange, tandis que la Croix-Rouge du Vietnam estime que jusqu'à un million de personnes étaient handicapées ou ont des problèmes de santé à la suite d'une exposition à l'agent orange.
Ce drame est aussi un écocide puisque les écosystèmes sont contaminés pour de nombreuses années (terres, eau, animaux…).
D’ailleurs le Vietnam est souvent cité comme l'exemple historique type de crime d’écocide, avec 20% des forêts du Sud-Vietnam détruites et des sols qui resteront stériles ou toxiques pendant des siècles !

Épandage par hélicoptère de l'agent orange dans le delta du Mékong le 26 juillet 1969
Des conséquences dramatiques
L'armée des États-Unis avait lancé l'opération avec deux objectifs stratégiques principaux :
Défoliation : Détruire la jungle épaisse pour priver les combattants du Viet Cong de leur couverture naturelle.
Affamement : Détruire les récoltes pour couper l'approvisionnement en nourriture des populations locales et des troupes ennemies.
Le vrai coupable : La Dioxine
La dioxine est l'une des substances les plus toxiques créées par l'homme.
Elle est chimiquement très stable, ce qui signifie qu'elle reste dans l'environnement et dans la chaîne alimentaire (sols, sédiments, poissons) pendant des décennies.
Un bilan humain catastrophique
Le contact avec la dioxine a provoqué des ravages sanitaires sur plusieurs générations, touchant aussi bien les civils vietnamiens que les vétérans américains, australiens ou coréens.
Maladies immédiates : Cancers (poumons, prostate, lymphomes), maladies de peau (chloracné), et troubles du système immunitaire.
Effets tératogènes : La dioxine altère l'ADN. Cela a entraîné des malformations congénitales atroces chez les enfants nés après la guerre (membres manquants, handicaps mentaux, hydrocéphalie).
Impact environnemental : Des millions d'hectares de forêts et de mangroves ont été stérilisés, perturbant durablement l'écosystème du Viêt Nam.
Justice et reconnaissance
Le combat judiciaire dure depuis des décennies :
Si les vétérans américains, après de longues batailles, ont obtenu des compensations de la part des fabricants (comme Monsanto et Dow Chemical) et une prise en charge médicale, les victimes vietnamiennes n'ont jamais reçu d'indemnisation directe des entreprises ou du gouvernement américain, malgré plusieurs procès.
Des programmes de décontamination des "points chauds" (anciennes bases aériennes) sont toutefois en cours aujourd'hui.

Où se cache encore le poison ?
Si la dioxine a été lessivée par les pluies dans les montagnes, elle reste concentrée à des niveaux alarmants dans ce qu'on appelle les "points chauds" (anciennes bases américaines de stockage et de chargement).
Sites et statut de la décontamination
- Da Nang
Terminée en 2018|
Premier grand site nettoyé grâce à une collaboration USA-Vietnam (coût : ~110 millions $).
- Phu Cat
Terminée
Site de moindre envergure, aujourd'hui considéré comme sécurisé.
- Bien Hoa
En cours (2019-2030)
C'est le site le plus contaminé du pays (plus de 500 000 m3 de terres).
Le projet de nettoyage est titanesque et devrait durer au moins 10 ans.
Pourquoi c'est si complexe ?
On utilise une technologie appelée « désorption thermique » :
on creuse la terre contaminée, on la place dans d'immenses fours et on la chauffe à plus de 335°C pour vaporiser et capturer la dioxine.
C'est un processus extrêmement coûteux et lent.

Le combat de Tran To Nga : la "dernière chance"
Le visage de la lutte actuelle est Tran To Nga (1), une Franco-Vietnamienne de 84 ans.
Ancienne journaliste exposée aux épandages pendant la guerre, elle souffre de plusieurs pathologies (diabète de type 2, tuberculose, cancers) et a perdu un enfant à cause de malformations cardiaques.
En 2014, elle a intenté une action en justice en France contre 14 multinationales (dont Monsanto/Bayer et Dow Chemical) qui ont fabriqué le défoliant.
Cependant en mai 2021, le tribunal d'Évry a déclaré sa demande irrecevable, arguant que les entreprises agissaient sur ordre de l'État américain et bénéficiaient donc d'une "immunité de juridiction".
La Cour d'appel de Paris a examiné le dossier en mai 2024.
Le verdict rendu en août 2024 a malheureusement confirmé l'irrecevabilité de la plainte.
Malgré ce revers, Tran To Nga a annoncé son intention de se pourvoir en Cassation.
Son combat est symbolique car elle est la seule civile à pouvoir porter plainte en France (grâce à sa nationalité française).

(1)
Trần Tố Nga est née le 30 mars 1942 à Sóc Trăng, alors dans le protectorat français d'Annam.
Pendant la guerre du Viêt Nam, elle est journaliste, puis agente de liaison pour le Front national de libération.
Après la guerre, elle devient directrice d’école avant de diriger une agence de voyages.
Trần Tố Nga obtient son diplôme universitaire de Chimie en 1965, en pleine guerre du Viêt Nam et elle rejoint le mouvement du Front National de Libération du Sud Viêt Nam le soir même.
Elle voyage à pied pendant quatre mois, notamment sur la piste Hô Chi Minh, et rejoint le maquis au Sud.
Pendant qu’elle couvrait les événements en tant que journaliste, Trần Tố Nga a été contaminée par l'agent orange.
En 1966, dans la région de Củ Chi (nord de Saïgon), elle voit un « nuage blanc », une longue traînée dans le sillage d’un C-123 de l’armée américaine, comme elle l’écrit dans son autobiographie (2), « une pluie gluante dégouline sur mes épaules et se plaque sur ma peau.
Une quinte de toux me prend. … Je vais me laver.
Et puis j’oublie aussitôt ».
Dans les mois qui suivent, elle est à nouveau victime des épandages d’agent orange que les États-Unis ont déversés par millions de litres sur le Vietnam entre 1961 et 1970 :
« Comme je suivais les troupes du Front national de libération du Sud-Vietnam pour l’agence d’information Giai Phong, je traversais la jungle, marchais dans les marécages, en me trempant dans des zones humides et des sols pollués ».
Pour ses activités de journaliste et d’agent de liaison pour le Front National de Libération, elle sera emprisonnée et libérée le 30 avril 1975, le jour de la libération du Vietnam.

(2)
Ma Terre empoisonnée
Par Trần Tố Nga
Éditions Stock
Publié en 23 mars 2016

Planté pour l'occasion,l'arbre en provenance du Vietnam : Devidia Involucrata, "Arbre aux Mouchoirs"






























































