Sommet de l'Élevage, Mondial de l'élevage durable : la Mongolie à l’honneur
- Olivier THIBAUD

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(par Olivier THIBAUD)
Le Sommet de l'Élevage s'impose aujourd'hui comme le véritable Mondial de l'élevage durable.
Installé au cœur du Massif central, à la Grande Halle d'Auvergne de Cournon-d'Auvergne près de Clermont-Ferrand, cet événement est devenu le plus grand rassemblement européen dédié aux professionnels de l'agriculture et de la production animale, ainsi qu'une référence incontournable à l'échelle internationale.
L'édition de cette année, qui marque la 35ᵉ édition du salon, se tiendra du 6 au 9 octobre 2026 et mettra en lumière des enjeux cruciaux pour l'avenir de la planète.

Le salon en chiffres clés
Le Sommet de l'Élevage impressionne par son envergure et sa capacité à fédérer l'ensemble de la filière :
120 000 visiteurs professionnels venus de France et du monde entier pour échanger et s'informer.
1 800 exposants présentant les dernières innovations en matière de matériel agricole, d'alimentation animale et de services.
2 000 animaux d’élite (bovins lait et viande, ovins, caprins, équins) issus de 70 races différentes, symboles de l'excellence génétique.
Plus de 160 conférences et colloques traitant de l'actualité agricole, de la santé animale et de la transition écologique.

Jacque Chazelet, Président du Sommet de l'Élevage

S.E. Mme Nyyamkhuu Ulambayar, Ambassadrice de Mongolie dont le pays est invité d'honneur
Les grands rendez-vous de l'édition 2026
Cette 35ᵉ édition sera rythmée par plusieurs moments forts.
À chaque édition, le salon met une race à l'honneur :
pour 2026, le concours national de la race Limousine sera la reine des pistes, offrant des présentations et des concours de génétique de très haut niveau.
Par ailleurs, les Sommets d'Or, un concours très attendu, récompenseront les meilleures innovations techniques, technologiques et numériques au service de l'agriculture de demain.
Enfin, le focus sur l'élevage durable sera omniprésent.
Les débats et présentations s'orienteront massivement vers la résilience des exploitations face au changement climatique, la gestion des sols, l'autonomie fourragère et le bien-être animal.

Année internationale du pastoralisme : la Mongolie invitée d’honneur
C’est à l’occasion de la conférence de presse du 6 juin 2026, tenue au Ministère de l’Agriculture, rue de Varenne à Paris, que S.E. Mme Nyyamkhuu Ulambayar, Ambassadrice de Mongolie en France, a dressé – dans un français parfait – un portrait magistral de son pays.
Dans le cadre de l’Année internationale du pastoralisme, la Mongolie est l'invitée d'honneur idéale pour incarner ce Mondial de l'élevage durable.

S.E. Mme Nyyamkhuu Ulambayar, Ambassadrice de Mongolie, présente brillamment son pays
Vaste comme trois fois la France mais peuplée de seulement 3,5 millions d’habitants, la Mongolie affiche la densité de population la plus faible au monde.
Enclavée entre la Chine et la Russie, cette immense nation est célèbre pour ses grandes étendues sauvages et sa culture nomade.

Sa capitale, Oulan-Bator, s'articule autour de la place Gengis Khan, nommée en l'honneur de l'illustre fondateur de l'Empire mongol des XIIIe et XIVe siècles.

Aujourd'hui, Oulan-Bator est une ville de paradoxes et concentre près de la moitié des citoyens.
Les gratte-ciels rutilants et les SUV de luxe y côtoient de vastes districts de yourtes en périphérie.
Ce développement fulgurant a été propulsé dès les années 2010 par un « boom minier » (cuivre, or, charbon), rendant l'économie très dynamique mais dépendante de la demande chinoise et sujette à l'inflation.

1. Une symbiose culturelle, écologique et géographique
Le pastoralisme nomade est le cœur battant de l’identité, de l’histoire et du paysage mongols.
Deux chiffres clés résument cette réalité unique :
un quart de la population dépend directement de l’élevage mobile, et 80 % du territoire (soit 1,56 million de km²) est composé de pâturages.
La Mongolie est ainsi l'un des derniers bastions mondiaux du nomadisme pastoral.
Le pays figure parmi les plus élevés du monde, dominé à l’ouest par les monts Altaï (4 300 m) et Hangayn (4 000 m), et à l’est par le plateau mongol (1 000 à 1 500 m d'altitude).
Le climat continental enclavé et la haute latitude maintiennent des températures moyennes basses, oscillant entre 16 et 24 °C en juillet, et chutant entre -16 et -24 °C en janvier.
Les précipitations annuelles, inférieures à 400 mm, proviennent de l’océan Arctique via la Sibérie.
Plus abondantes au nord qu’au sud, elles façonnent des zones de végétation variées :
haute montagne, taïga, steppe forestière, steppe (34 % du couvert), semi-désert et désert.
Les variations saisonnières concentrent les pluies entre mi-mai et août, coïncidant avec un ensoleillement maximal où la végétation croît rapidement.
Le plateau abrite plus de 2 600 espèces végétales, dont plus de 600 sont fourragères (Poacées, Typhacées, Liliacées, Astéracées, Chénopodiacées), poussant en touffes et formant une immense mosaïque nourricière.

2. Le système pastoral traditionnel : fonctionnement et avantages
La subsistance des éleveurs s'organise traditionnellement autour des « Cinq Museaux » (Taban Khushuu), cinq espèces hautement adaptées aux spécificités climatiques :
- Les moutons : base de la subsistance pour la viande quotidienne et la laine essentielle au feutre des habitations.
- Les chèvres : essentielles pour le lait et cruciales pour l'économie grâce à la production de laine de cachemire.
- Les chevaux : animaux sacrés servant aux déplacements, au rassemblement des troupeaux et à la fabrication de l’airag (lait de jument fermenté).
- Les bovins (et yaks) : élevés en zone fraîche ou montagneuse pour leur lait riche et leur force de traction.
- Les chameaux de Bactriane : maîtres du désert de Gobi, indispensables pour le transport lourd et leur laine thermique.

Dictée par la météo et la disponibilité en eau, la transhumance implique de déplacer le campement généralement quatre fois par an, à chaque saison.
L’habitat traditionnel, la « ger » (yourte), est une structure légère en bois et feutre, montable et démontable en moins de deux heures, offrant une isolation thermique remarquable contre les extrêmes thermiques.
Sur le plan écologique, le nomadisme répartit la pression sur la végétation et lui permet de se régénérer.
Les études montrent qu'une pression de pâturage modérée favorise la biodiversité :
le nombre d'espèces végétales culmine à environ 30 espèces par mètre carré dans les zones à herbe de hauteur moyenne.
À l'inverse, l'absence de pâturage intensifie la compétition végétale au profit des seules espèces dominantes.
En hiver, la viande est congelée et séchée naturellement grâce au froid intense de novembre, garantissant la subsistance jusqu'au printemps.

3. Les mutations historiques et politiques
L'histoire moderne a profondément impacté ce modèle.
Après la révolution de 1921 et la proclamation de la République populaire de Mongolie en 1924, le régime socialiste a instauré la nationalisation des terres, puis un système de collectivisation agricole par coopératives pastorales en 1955 : le " negdel ".
À la fin des années 1980, dans le sillage de la perestroïka soviétique, le pays a entamé sa transition vers la démocratie et l'économie de marché.
La constitution de 1992 a acté l'effondrement de l'URSS.
Devenue une jeune démocratie, la Mongolie cultive depuis une diplomatie habile dite du « troisième voisin » pour tisser des liens stratégiques avec l'Union européenne, les États-Unis ou le Japon, évitant l'étouffement entre ses deux géants limitrophes.
Si la propriété du bétail a été privatisée au profit des ménages, la privatisation des pâturages reste strictement interdite par la Constitution ; ils demeurent la propriété de l’État.

4. Les défis contemporains et environnementaux
Le modèle traditionnel fait aujourd'hui face à des pressions économiques, démographiques et climatiques inédites.
La dissolution des « negdel » a contraint les nomades à vendre eux-mêmes leurs produits.
Pour obtenir des revenus en devises face à l'inflation des années 1990, les éleveurs ont massivement augmenté la proportion de chèvres pour vendre leur cachemire sur le marché mondial.
Cette explosion du cheptel a rompu l'équilibre pastoral :
contrairement aux moutons, les chèvres arrachent les racines de l'herbe, accélérant la désertification de la steppe.
À cela s'ajoute le phénomène du « Dzud », un hiver extrême (glace épaisse, températures glaciales, vents violents) succédant à un été de sécheresse.
Le bétail, incapable d'atteindre l'herbe sous la glace, meurt par millions.
Le dzud de 1999/2000 a ainsi tué 8,2 millions d'animaux.
Le changement climatique fait craindre une intensification de ces catastrophes, poussant les familles ruinées vers l'exode rural et les bidonvilles de yourtes d'Oulan-Bator.
Pour réduire la distance avec les marchés urbains, de nombreux nomades pratiquent désormais un pâturage sédentaire autour de la capitale, accentuant le surpâturage local.
De plus, la fin du socialisme a entraîné le délabrement des puits mécaniques gérés autrefois par l'État, réduisant les surfaces exploitables par manque d'eau.
Enfin, si l'accès à la modernité transforme le quotidien (motos, panneaux solaires, smartphones pour suivre le cours du cachemire), l’accès à l’éducation pousse les jeunes à s’installer en ville, menaçant la relève générationnelle.

5. Réponses politiques et fiscales
Pour tenter de réguler ces crises et préserver son environnement fragile, les autorités mongoles déploient plusieurs leviers.
La loi foncière de 1994 (modifiée en 2002) autorise les chefs locaux à encadrer les mouvements saisonniers et le nombre de bêtes.
De plus, des amendements fiscaux introduits en 2002 ont mis en place une taxe sur le bétail basée sur un équivalent-mouton :
une chèvre équivalant à 1,5 mouton, le taux d'imposition supérieur vise à décourager l'élevage intensif de chèvres.
Enfin, pour désengorger les zones surpâturées, les Plans d'action gouvernementaux ont programmé la réparation de 1 900 puits mécaniques et le forage de 800 nouveaux points d'eau afin de reconquérir les prairies délaissées.
Le défi de la patrie de Gengis Khan réside désormais dans un équilibre subtil :
préserver ses traditions millénaires et son écosystème face au changement climatique, tout en poursuivant sa modernisation économique.
Un enjeu universel qui résonnera parfaitement dans les allées du Sommet de l'Élevage 2026.

Informations pratiques :
Si vous souhaitez vous rendre à l'événement ou en savoir plus sur le programme de cette année :
Adresse du salon :
GRANDE HALLE D'AUVERGNE
3 boulevard Danielle Mitterrand,
63800 Cournon-d'Auvergne
FRANCE
Site internet officiel :























































