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Lire : Gallimard et « Continents noirs »

il y a 8 heures
6 min de lecture

(par Olivier THIBAUD)


Les Éditions Gallimard occupent une position centrale dans l'histoire de la littérature française du XXᵉ et du XXIᵉ siècle.

Plus qu'une maison d'édition, l'institution a largement façonné le paysage intellectuel, les critères esthétiques et le canon littéraire francophone.

Gallimard a publié ou réuni les figures majeures du XXᵉ siècle : Marcel Proust, André Gide, Paul Valéry, Jean Cocteau, Paul Éluard, Louis-Ferdinand Céline, Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras ou encore Antoine de Saint-Exupéry…


Outil d'institutionnalisation littéraire par excellence en France, la collection La Pléiade - propriété de la maison Gallimard - peut être qualifiée de Panthéon de la littérature :

être publié dans La Pléiade équivaut à une consécration patrimoniale définitive !


Quant au livre de poche « Folio » il permet de rendre accessible l'ensemble du fonds patrimonial et contemporain au plus grand nombre.

Gallimard incarne le modèle de « l'éditeur-écrivain », où le pouvoir de légitimation symbolique se confond avec l'histoire même des idées en France.



Antoine Gallimard (à d.), Jean-Noël Schifano (cravate bleue) et les auteurs de la famille Continents noirs (dont Eugène Ébodé Octavia (chapeau), Gaël Octavia (blouse orange)…


Collection « Continents noirs » : lettres d'Afrique et d'ailleurs


Fondée à l'aube du nouveau millénaire par Antoine Gallimard et l’écrivain Jean-Noël Schifano, la collection « Continents noirs » s'impose aujourd'hui comme une passerelle essentielle du catalogue de la rue Sébastien-Bottin – Gaston Gallimard (1).

Né dans l'esprit de ses concepteurs lors d'une pérégrination gabonaise, le projet visait à offrir une vitrine d'exception à des lettres d'Afrique et d'ailleurs, unies par une même exigence d'art et d'émancipation.


À sa naissance en 2000, la collection essuie pourtant le feu croisé de la critique.

D'aucuns s'empressent d'y voir les prémices d'un repli communautariste, déclenchant l'une des querelles les plus vives de l'histoire récente de la maison.

C'était oublier la profession de foi de Schifano, séduit par ces plumes africaines empreintes de « liberté » et de « grâce rebelle », gorgées d'une inventivité syntaxique parfois assoupie sur le Vieux Continent depuis le Grand Siècle.


Les premiers volumes — signés Aly Diallo, Gaston-Paul Effa, Sylvie Kandé (postfacée par Édouard Glissant), Justine Mintsa ou encore Amos Tutuola — sont tirés à quelques milliers d'exemplaires.

Ils posent les jalons d'un catalogue exigeant.

Au fil des années et des succès, souvent prolongés par des tirages en « Folio », le soupçon s'est mué en admiration :

« Continents noirs », au pluriel désormais consigné dans l'histoire littéraire, a fait la preuve que seule importe la haute tenue de la langue française.


Les compagnons indociles. Passions littéraires

par Abdeljalil Lahjomri (2)

Éditions Gallimard – Continents noirs

224 pages, 140 x 205 mm, broché


Sous le patronage des grands compagnonnages de l’esprit, Abdeljalil Lahjomri livre avec « Les Compagnons indociles » une vibrante autobiographie de lecteur, élégante et exigeante.

Refusant l’écueil du compte rendu professoral comme celui du tribunal critique, l’auteur privilégie une « conversation d'éternité » avec les figures majeures ou injustement négligées des lettres modernes — de Montherlant à Camus, d’Ollier à Khatibi…


L’ouvrage, ancré à Rabat mais irrigué par un « humanisme du multiple », s’articule autour de trois mouvements essentiels :


Le dialogue affranchi

Si les livres demeurent des alliés fidèles, leur « indocilité » résiste aux dévotions faciles. Lahjomri discute et contourne la doxa, mu par un désir d’élucidation plutôt que par un devoir de blâmer.


La traversée des savoirs

Dans le sillage de pensées comme celles d'Edgar Morin ou de Mohammed Arkoun, l’essai méditerranise la réflexion.

La littérature y est saisie comme un prisme mouvant, au croisement du roman, de l'histoire coloniale et de l'anthropologie.


Un art de l’épure

Servie par une prose fluide et habitée, la méthode de Lahjomri procède par retours et émondages.

La critique y retrouve sa vocation première :

une transmission généreuse, capable de réhabiliter les textes délaissés pour rouvrir l'espace où se déploie la beauté.


En unissant l'érudition à la sensibilité du flâneur, Lahjomri ne cherche pas à dompter sa bibliothèque, mais à laisser la littérature accomplir sa seule véritable promesse :

transformer la conscience de celui qui s'y risque.



Nos vies sauvages

par Hemley Boum (3)

Éditions Gallimard

336 pages, 140 x 205 mm


"Par temps calme, alors que la mer est d'huile et que les marins les plus aguerris baissent la garde, il arrive que surgisse une vague qui parfois atteint trente mètres de haut.

Pour pouvoir raconter, il a bien fallu que certains survivent à la vague scélérate."

Cameroun, 2018. Ndolo Elimbi, avocate lumineuse et héroïque, est emprisonnée pour s'être élevée contre un pouvoir autoritaire.

Au coeur de ce régime, la redoutable commissaire Zeinabou n'ignore rien de ses faits et gestes, ni de son amour pour Enow, le charismatique opposant désormais en exil.

Mais l'ennemi n'est pas toujours celui que l'on croit...

Dehors, la colère enfle, la répression se durcit.

Ce tableau envoûtant du Cameroun contemporain déroule aussi le destin d'une Afrique fragile et tend un miroir féroce à toutes les dictatures.

Hemley Boum signe une vaste fresque sur le désenchantement des peuples, les ressorts de la corruption et la puissance des femmes lorsqu'elles s'allient.



Zam-Zam

par Eugène Ébodé (4)

Éditions Gallimard – Continents noirs

112 pages, 140 x 205 mm


Dans le royaume de Pamanga, une princesse éconduit un prétendant étrange nommé Zam-Zam. Alors qu’un virus dévastateur oblige la population à rire pour ne pas mourir, l’apocalypse menace. Un roman poétique et vertigineux sur la foi et l’absurde.



(1)

La rue Sébastien-Bottin et la rue Gaston-Gallimard désignent la même voie du 7ᵉ arrondissement de Paris, célèbre pour abriter le siège historique des éditions Gallimard au n° 5.

Le 15 juin 2011, à l'occasion du centenaire de la maison d'édition (fondée en 1911 par Gaston Gallimard), la majeure partie de la rue est rebaptisée par la Ville de Paris et prend le nom de rue Gaston-Gallimard.



Eugène Ébodé (à g.) et le Pr Abdeljalil Lahjomri, Secrétaire perpétuel de l'Académie du Royaume du Maroc (à d.)


(2)

Abdeljalil Lahjomri est un universitaire, écrivain et haut responsable culturel marocain, notamment connu pour ses travaux sur la littérature francophone et la mémoire historique du Maroc.

Professeur et chercheur, spécialiste de la littérature comparée, de la francophonie et du récit de voyage.

Actuellemennt secrétaire perpétuel de l'Académie du Royaume du Maroc, il occupe cette fonction prestigieuse depuis décembre 2015, nommé par S. M. le roi Mohammed VI.

En tant que directeur de l'École Normale Supérieure (ENS) de Rabat, il a dirigé cet établissement pendant de nombreuses années, marquant le paysage de l'enseignement supérieur au Maroc.

Abdeljalil Lahjomri a beaucoup écrit sur la perception du Maroc dans la littérature coloniale et postcoloniale, ainsi que sur les questions de langue, d'éducation et de culture dans le monde arabe et francophone.

C'est une figure majeure du paysage intellectuel marocain contemporain, très engagée dans le dialogue des cultures et la valorisation du patrimoine académique.


(3)

Hemley Boum est une romancière camerounaise majeure de la littérature francophone contemporaine, née en 1973 à Douala.

Son œuvre explore les fractures politiques et sociales de l'Afrique centrale, la mémoire coloniale, la transmission intergénérationnelle et le destin des femmes.

Ses romans entremêlent récits intimes et grande Histoire, offrant une grille de lecture fine des tensions contemporaines africaines et de la colonisation.

En 2015 elle publie « Les Maquisards »

Cette oeuvre majeure (Éditions La Cheminante) est consacrée à la lutte de l'UPC (Union des populations du Cameroun) pour l'indépendance et à la guerre cachée des années 1950-1960.

Le livre reçoit le Grand prix littéraire d'Afrique noire en 2015.

Puis « Les Jours venants » chez Gallimard (collection Continents Noirs) en 2019, un roman interroge l'exil, le déracinement et la quête d'identité entre l'Afrique et l'Europe.

Il obtient le Prix Ahmed Baba en 2020.

En 2024 « Le Rêve du pêcheur », également paru chez Gallimard - Continents Noirs, ce récit croise le destin d'un pêcheur traditionnel de la côte camerounaise confronté à la désillusion de la modernité et celui de son petit-fils en Europe.



Eugène Ébodé


(4)

Eugène Ébodé est un écrivain, journaliste et universitaire camerounais, né en 1962 à Douala. C'est une figure majeure des lettres francophones contemporaines.

Diplômé de Sciences Po et du Celsa, il enseigne la diplomatie culturelle et assure, depuis 2022, la direction et l'administration de la Chaire des littératures et des arts africains à l'Académie du Royaume du Maroc.

Son oeuvre littéraire mêle souvent finesse poétique, satire politique, mémoire historique et engagement humaniste.

Il a publié de nombreux ouvrages de fiction (principalement chez Gallimard, dans la collection Continents Noirs).






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